12/10/2026
Naviguer sur de nouveaux fronts
Six questions essentielles à se poser pour surmonter les défis de la gestion mondiale du fret
Une nouvelle journée commence au bureau, et une fois de plus, un nouveau "champ de bataille" apparaît, soulevant plus de questions que de réponses directes. Maintenir le flux de marchandises avec autant de points chauds sur la carte est une préoccupation partagée. Voyons ensemble comment distinguer les problématiques nécessitant une réponse urgente des scénarios à plus long terme permettant de maintenir des niveaux de service acceptables.
En matière de gestion des risques, les itinéraires de transport doivent être réévalués en permanence afin d’anticiper les points de blocage, de les contourner lorsque cela est possible et d’en limiter les répercussions sur les flux de marchandises.
Si l’alliance de tarifs compétitifs et de temps de transit satisfaisants et stables reste le principal critère de la matrice mondiale, les enjeux liés à la gestion des flux internes doivent également être pris en compte. Ceux-ci peuvent être maîtrisés en développant des indices sur mesure à ajouter et à pondérer en conséquence.
Pour éclairer ces enjeux, nous avons retenu six questions autrefois secondaires, mais désormais essentielles.
1. Selon les exigences spécifiques de vos expéditions en termes d'exposition au risque, est-ce que la solution la plus courte et la plus directe pour aller de A à B est la plus appropriée ?
En règle générale, pas nécessairement. Limiter les points de blocage sur les itinéraires est désormais un critère majeur, et la congestion portuaire peut, dans certains cas, constituer l’un de ces obstacles. L’intégration d’un indicateur de fiabilité des itinéraires dans les tableaux Excel peut aider à comparer les différentes options de transport.
Les solutions multimodales mer-air et mer-route, ainsi que le transport longue distance par camion dédié, constituent également des alternatives pertinentes pour certains types de chargements.
Quant aux emplacements portuaires, la qualité varie d'un terminal à l'autre pour le même code portuaire. La performance des terminaux dépend beaucoup de l'infrastructure, de la gestion des capacités et de l'espace. La sélection des terminaux ajoute de la granularité à l'étude, et dans certains cas, représente un très bon critère à travailler en parallèle de la sélection des transporteurs.
Par exemple, Tailwind au Vietnam opère à Ho Chi Minh dans un terminal indépendant qui n'est pas principalement axé sur la manutention de conteneurs. Si ce choix peut surprendre de prime abord, il s’avère toutefois judicieux, car il permet de rester à l’écart des zones les plus congestionnées.
2. Pouvez-vous répartir les volumes d'itinéraires de vos flux actuels afin de mieux gérer les risques ?
À première vue, cela peut sembler contre-intuitif, étant donné notre tendance naturelle à chercher à tirer parti de la massification. Dans le monde incertain d'aujourd'hui, mettre tous ses œufs dans le même panier gagne définitivement en traction dans les matrices de décision.
Par exemple, pour les liaisons transatlantiques vers l’ouest, réorienter temporairement certains flux de fret à destination des États-Unis vers des ports mexicains ou canadiens peut faciliter la gestion des formalités administratives américaines.
3. Avez-vous une approche structurelle de relocalisation en cours ou restez-vous dans une approche opportuniste à court terme ?
Cela nous conduit à distinguer les profils clients selon leur horizon stratégique, à court ou à long terme. Ces deux approches sont légitimes et pertinentes, et peuvent évoluer au fil du temps. Comprendre ces orientations est essentiel pour adapter la relation client et bâtir un partenariat solide et durable.
Bien que la relocalisation progresse lentement à l’échelle macroéconomique, à un rythme d’environ 1,5 % par an depuis la pandémie, les économies européennes intègrent cette tendance, tandis que la Turquie et le Maroc s’imposent comme de nouveaux pôles de production de proximité.
À titre d’exemple, Jacob Delafon privilégie une production locale près de Tanger plutôt qu’un approvisionnement en Asie, optimisant ainsi sa chaîne logistique grâce à une meilleure réactivité aux besoins du marché et à des liaisons plus fiables.
4. Gérez-vous encore l'assurance fret indépendamment des aspects logistiques ou est-elle maintenant intégrée à la matrice décisionnelle ?
Avant la crise, le coût et l’étendue de l’assurance des marchandises transportées étaient souvent considérés comme secondaires, la couverture se limitant généralement aux risques d’avarie commune pour satisfaire aux exigences des contrats commerciaux. Sur les liaisons entre l’Asie et l’Europe, ces enjeux ont renforcé l’intérêt de l’itinéraire par le cap de Bonne-Espérance : plus long, mais jugé plus sûr, il permet de maintenir des coûts d’assurance maîtrisés par rapport à d’autres options plus rapides.
Aujourd’hui, l’assurance fret peut, dans certains cas, constituer un frein, rendant plus délicat l’équilibre entre couverture des risques et compétitivité commerciale. Une analyse comparative approfondie des offres devient donc essentielle, et GEODIS accompagne ses clients dans cette démarche grâce à son réseau.
Pas d’exemple cette fois, mais un rappel utile : ne présumez pas que votre transitaire a souscrit une assurance spécifique pour vos marchandises. Pensez à la demander par écrit et à obtenir confirmation de la couverture, notamment en cas d’avarie commune, dont les conséquences financières peuvent être lourdes pour les propriétaires de marchandises non assurées.
5. Avez-vous accès à un « grenier » contrôlé pour couvrir au moins 3 semaines de pénurie de marchandises par des appels routiers « à la demande » ?
Un "grenier" est un mot amical pour un stock tampon avec peut-être une touche légèrement plus romantique car très souvent... vous pouvez découvrir des trésors cachés dans un grenier !
Autrefois banni d’une logistique pré-COVID dominée par le juste-à-temps, ce terme a progressivement retrouvé sa place. Au cours des six dernières années, la majorité des responsables de la chaîne d’approvisionnement à travers le monde ont revu leur position sur le sujet, privilégiant une approche plus réaliste et pragmatique pour gagner en efficacité et en cohérence.
Faire face à la crise exige plus que jamais de prévoir des stocks tampons plus importants dans les différents scénarios afin de maintenir le niveau de qualité attendu. Notre réseau mondial, et également nos entrepôts gérés en propre, constitue un levier essentiel pour optimiser vos flux.
6. En cas de résiliation anticipée du contrat par le transporteur, quelles solutions s’offrent à vous pour réacheminer votre fret vers des marchés initialement non prévus ou jugés non prioritaires ? La clause de « retour à l’expéditeur » prévue dans votre contrat est-elle suffisamment solide pour être mise en œuvre ?
Aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, un transporteur maritime peut, sous réserve des dispositions contractuelles et du droit applicable, mettre fin unilatéralement au contrat de transport et décharger la marchandise dans un autre port accessible, au plus près du port de destination initialement prévu.
Ces dernières semaines, dans le contexte de la fermeture du détroit d’Ormuz et du classement de la région du Moyen-Orient en zone de guerre, de nombreuses expéditions à destination du golfe Persique ont été interrompues en Inde, au Pakistan, voire sur la côte est de l’Afrique, aux risques et aux frais de l’expéditeur.
Comme l'utilisation de cette option par les transporteurs maritimes est susceptible de devenir plus fréquente dans l'environnement actuel, cela mène à deux nouveaux cas d’étude :
- Concevoir des itinéraires de transport intégrant une solution de repli pour maintenir l’accès au marché, même en mode dégradé, et limiter le risque de perte totale.
- Renforcer les clauses de retour du fret dans les contrats commerciaux permet de disposer d’un filet de sécurité pour mieux couvrir les risques, sans faire du retour une option privilégiée dès le départ. Pour le fret sec, les conditions de retour proposées par les transporteurs maritimes peuvent, selon les modalités négociées, prévoir un tarif équivalent à la moitié du fret initial. Leur mise en œuvre suppose toutefois que l’exportateur ou l’expéditeur d’origine accepte de reprendre les marchandises. De nombreux cas récents soulignent la difficulté d’activer cette clause lorsque les conditions de retour et l’engagement de reprise n’ont pas été expressément convenus par écrit entre les parties.
Tous ces sujets largement considérés comme marginaux dans les scénarios pré-COVID ont clairement pris de l’importance dans le contexte actuel, marqué par le retour des barrières commerciales, les tensions géopolitiques et la volatilité des capacités maritimes.
Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons composer avec une réalité plus complexe, réinventer nos relations et développer des scénarios plus flexibles, en misant sur l’inventivité et la confiance.
Pendant des décennies, le rôle de conseil du transitaire a été relégué au second plan, au profit du prix et de l’optimisation des processus, dans un environnement où la fluidité des échanges semblait acquise. Aujourd’hui, que vous soyez un propriétaire de marchandises (BCO) ou un expéditeur de taille plus modeste, notre ambition est de redonner toute sa place à ce rôle : être votre copilote dans ces eaux agitées, vous aider à atteindre vos objectifs de performance et à maîtriser votre exposition aux risques.
Le défi est de construire avec vous un nouvel équilibre dans la gestion des flux physiques et d’information, pour garantir la sécurité des marchandises et des données tout en conservant la maîtrise des opérations dans un monde de plus en plus incertain. Chez GEODIS, c’est l’ambition qui nous anime et guide notre engagement au quotidien. Une journée comme une autre, en somme !
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